Apprentissage de l'allemand

Apprentissage de l'allemand

Jeudi 11 juin, la première séance publique de l'Assemblée nationale était consacrée à l'examen de la proposition de résolution déposée par Les Républicains sur les classes bilangues allemand.

Barbara Pompili a bien entendu indiquer son opposition à ce texte dont les auteurs agitent des chiffons rouge à des fins politiciennes et a renouvelé tout son soutien à la réforme du collège engagée par le gouvernement qui va notamment permettre d'augmenter l'apprentissage des langues vivantes pour chaque collégien : généralisation de la LV2 dès la 5ème, introduction de la 1ère langue vivante dès le CP, maintien des classes bilangues de continuité (c'est-à-dire lorsque au CP la LV1  sera l'allemand ou une autre langue européenne ou régionale, la LV2 sera introduite dès la classe de 6ème), mise en place des EPI qui proposent une approche innovante... A travers ces mesures, il s'agit de sortir d'un conservatisme élitiste qui réserve la réussite scolaire à certains, pour réellement démocratiser la réussite scolaire. Désormais l'excellence et la réussite seront accessibles à chaque collégien.

Toujours est-il que, bien au-delà de la réforme du collège et au vu du mauvais des niveaux des élèves français en langues vivantes, une réflexion plus globale doit être menée sur la façon dont on appréhende ces apprentissages pour revoir les méthodes et innover, en s'inspirant le cas échéant sur ce qui est fait dans d'autres pays européens.

Pour voir l’ensemble du débat, cliquer ici

Intervention de Barbara Pompili :

Monsieur le Président, Monsieur Accoyer, Chers collègues,

Cette proposition de résolution n’étonnera personne sur ces bancs. Depuis des semaines, votre groupe politique ne cesse d’intervenir de façon caricaturale sur la réforme du collège. Propos outranciers, de posture, relayant de fausses vérités dignes d’un élitisme conservateur que je combats profondément au nom, justement, des mêmes valeurs de la République que vous invoquez…. Car il s’agit non pas d’alimenter un système méritocratique totalement illusoire… auquel vous vous accrochez mais il s’agit bel et bien de rétablir l’égalité, c’est-à-dire les meilleures chances pour chaque élève, dans l’école de la République.

Pourtant, à vous entendre, cette réforme peut être accusée de tous les maux : du pédagogisme au sacrifice de l’enseignement des langues anciennes ou de l’allemand…. C’est au final l’ensemble du niveau des collégiens qui serait tiré vers le bas et, aujourd’hui, c’est même l’amitié franco-allemande qui serait menacée.

Je suis presque étonnée que vous n’ayez pas osé aller jusqu’à prétendre que réformer le collège pourrait menacer la construction européenne voire la paix en Europe. A travers vos références à « l’amitié franco-allemande » ou à la « réconciliation franco-allemande », vous insinuez les choses sans les dire clairement. Mais, j’ai déjà eu l’occasion de le dire - notamment lors des débats sur les nouveaux rythmes scolaires - instrumentaliser à des fins politiciennes les craintes exprimées par certains pour l’avenir de nos enfants, … je ne trouve pas cela très « républicain » … Et ne voyez là aucun jeu de mots….

Alors, pour dépassionner ce débat, soyons pragmatiques. Regardons vraiment, de près, ce que prévoit cette réforme.

Et la réponse est simple : il s’agit – ni plus ni moins - de renforcer pour tous les élèves l’apprentissage des langues vivantes.

En avançant l’enseignement de la 2ème langue vivante à la 5ème – au lieu de la 4ème aujourd’hui, - … le nombre d’heures dédiées à cet enseignement va augmenter, et ce pour chaque élève. 54 heures de plus de LV2 sur l’ensemble de la scolarité au collège. Ce n’est pas, me semble-t-il, ce que l’on peut appeler une régression !

L’apprentissage en langue sera également augmenté via les Enseignement pratiques interdisciplinaire (EPI), approche innovante permettant de donner plus de sens aux apprentissages et qui favorise par là-même l’appropriation des connaissances. Or, non seulement un « EPI dédié aux langues et cultures régionales et étrangères » est créée mais d’autres EPI pourront aussi servir à l’apprentissage des langues via des disciplines non linguistique.

Enfin, autre avancée majeure à souligner est que la 1ère langue vivante sera désormais enseignée dès le CP.

Et cette augmentation des heures d’enseignement LV1 comme LV2 doit contribuer à la diversité linguistique. Les professeurs d’allemand, d’espagnol ou encore d’italien nous ont alertés sur leurs inquiétudes, celles de voir leur profession disparaître au prix d’une uniformisation des langues enseignées. Et là, loin de la posture politicienne, on comprend aisément que ces enseignants soient vigilants sur ces questions qui les touchent directement dans leur métier et dans leur vocation. Concernant l’allemand…. qui fait l’objet de toute votre attention puisque votre texte en oublie les autres langues européennes et régionales… Je disais donc, concernant les professeurs d’allemand, les expérimentations conduites aujourd’hui dans les académies de Toulouse et de Rennes devraient rassurer. Elles démontrent que débuter l’enseignement de la seconde langue vivante dès la 5èmecomme le propose cette réforme - conforte l’apprentissage de de cette langue, davantage choisie comme LV2 que lorsque ce choix ce fait en 4ème. Le gouvernement a en outre annoncé l’ouverture de plus de 500 postes d’enseignants en allemand pour 2015.

Et contrairement à ce que mes collègues Les Républicains entendent colporter : les classes bilangues de continuité sont maintenues. La diversité linguistique doit être permise, promue et organisée. C’est pourquoi la LV1 introduite au CP ne sera pas systématiquement l’anglais. L’allemand, l’italien, ou encore l’espagnol seront proposés dans certaines classes de CP, dans les régions frontalières, mais aussi dans chaque académie.

Pour organiser cette offre linguistique, le gouvernement a annoncé la mise en place d’une carte scolaire des langues. Nous sommes persuadés que cette carte sera déterminée en bonne intelligence, afin qu’elle ne génère pas de nouvelle compétition entre les établissements et qu’elle concoure pleinement à la diversité linguistique.

Et nous y veillerons bien entendu. Toujours est-il que, lorsque l’allemand sera enseigné dès le CP, alors les élèves débuteront l’apprentissage de la 2ème langue vivante dès la 6ème. C’est bel et bien ce qu’on appelle les classes bilangues de continuité, et elles sont maintenues.

Quant aux classes bilangues dites de « contournement » ou les sections européennes - c’est-à-dire ces classes qui sont souvent utilisées pour contourner la carte scolaire ou qui concourent à la création de filières d’excellence au sein des établissements…. - ces classes là seront supprimées. Des exceptions existent, bien sûr. Ces sections peuvent parfois aider élèves en difficultés. Mais elles ne doivent pas faire oublier la réalité globale et le fait que ce système conduit à concentrer davantage de moyens pour les élèves déjà les plus favorisés, ou qui sont déjà dans un processus de réussite, au détriment de ceux qui en ont le plus besoin.

Et, avec cette réforme, l’excellence et la réussite ne seront donc plus réservées à ceux qui prennent ces options et choisissent ces classes. La réussite et l’excellence concerneront enfin, réellement, chaque collégien ! Au lieu de proposer à seulement 16% des collégiens une deuxième langue dès la 6ème comme c’est le cas aujourd’hui, cette réforme s’intéresse enfin à 100% des collégiens en systématisant pour tous les classe bilangue dès la 5ème … au lieu de la 4ème . Une année sera donc gagnée pour 84 % des collégiens !

Mais cela, et j’en conviens, ne doit pas nous exonérer d’une réflexion plus globale sur les méthodes d’enseignement des langues. Car, malgré l’existence de ces classes bilangues, le niveau des élèves français en langues vivantes est bien en deçà de celui de nos voisins européens. Et si on prend le cas de l’Allemagne - très présente dans ce débat - les meilleurs résultats de ses élèves en langues vivantes ne sont pas liés à des classes bilangues. Il n’y a pas de classe bilangues en Allemagne, ou quasiment pas.

Bien au-delà de la réforme du collège, la question essentielle est donc celle de la façon dont on appréhende l’enseignement des langues dans notre pays, qu’il s’agisse de l’allemand, de l’italien, de l’espagnol ou même de l’anglais. Comment améliorer ces apprentissages ? Comment revoir les méthodes d’enseignement pour que les résultats soient au rendez-vous ?

Bien sûr, la question des moyens – financiers et humains – se pose. La question de la formation.

Mais le nœud du problème est bien notre capacité à faire évoluer la façon dont on enseigne les langues vivantes. Les EPI proposent une approche nouvelle. C’est un bon début. Mais, au-delà de la réforme du collège, il est primordial de poursuivre les réflexions pour imaginer d’autres approches, d’autres méthodes d’apprentissage des langues vivantes… N’ayons pas peur de regarder ce que font nos voisins et innovons !

Pour en revenir à la réforme du collège, il s’agit de sortir d’un conservatisme élitiste qui réserve la réussite scolaire à certains… pour réellement démocratiser la réussite ! Et à ceux qui agitent le spectre d’une régression du niveau des collégiens au prix d’un égalitarisme idéologique, rappelons que les pays où l’élite est la plus abondante et novatrice sont ceux où la formation du plus grand nombre est privilégiée et l’échec le plus rare possible. Je vous renvoie au très bon livre de Christian Baudelot et Roger Establet sur L’élitisme républicain.

Or, à l’opposé de cette analyse, aujourd’hui, la réalité de notre système scolaire conduit à une impasse  puisqu’il reproduit, et aggrave, les inégalités sociales.150 000 jeunes se retrouvent chaque année sans diplôme. Si la moitié des décrocheurs ont un père ouvrier… seuls 5% ont un père cadre

D’où l’urgence d’agir et de faire évoluer le collège, maillon faible de notre système scolaire : pour permettre à chaque collégien de maîtriser les fondamentaux et de réussir sa scolarité., mais aussi pour permettre à l’école de la République de renouer avec ses valeurs, c’est-à-dire donner à chacun les outils permettant de devenir des citoyens éclairés et ne laisser personne sur le bord du chemin.

D’où le changement d’approche proposé par cette réforme : avec une plus grande liberté pédagogique aux équipes, en favorisant le travail en petits groupes et les projets interdisciplinaires, ou encore en renforçant l’accompagnement personnalisé

Ces principes, évidemment les écologistes les soutiennent. Nous souhaitons même aller plus loin avec par exemple : la constitution de classes verticales ; une plus grande ouverture des établissements sur l’extérieur ; le renforcement des liens avec les familles ; ou encore, une plus grande implication des jeunes

A chaque fois que les jeunes participent plus activement à la construction de leurs parcours, à chaque fois qu’ils sont considérés comme des acteurs et non comme de simples auditeurs, les résultats sont là : les élèves se sentent mieux et la réussite scolaire est au rendez-vous.

Pour en revenir aux langues vivantes, le changement de méthode et la généralisation de la LV2 dès la 5ème participent de cette volonté d’œuvrer à la réussite de tous, sans réserver à quelques-uns certains apprentissages. N’est-ce pas là un réel progrès dont on devrait toutes et tous se réjouir ? Car le système « méritocratique » porte en soi une organisation en 2 niveaux : une minorité qui réussit … face aux autres, pourtant majoritaires. Ce système alimente la fracture sociale. Il nuit au vivre ensemble et à la cohésion nationale.

Aujourd’hui, il s’agit de cesser d’ignorer la majorité de nos collégiens pour que tous, chacun, quels que soient leurs origines, leurs revenus ou leur lieu d’habitation, puissent réussir, individuellement, et participer de la sorte à une réussite collective !

Alors, NON, l’amitié franco-allemande n’est pas en péril. La Ministre a très clairement répondu sur ce point : jumelages, lancement du réseau des maternelles bilangues, développement de l’allemand dans l’enseignement professionnel… je ne vais pas citer ici tout ce qui est fait en faveur de la coopération éducative franco-allemande, ni revenir sur les garanties qui ont été apportées pour le maintien et la diversité de l’apprentissage des langues vivantes que j’ai évoqué précédemment.

Pour conclure, mes chers collègues, je ne m’associerai pas – et nous ne nous associerons pas -    à cette proposition de résolution dont les auteurs agitent des chiffons rouge à des fins politiciennes.

Je vous remercie

Equipe de Barbara Pompili

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2 Comments

  1. 14 juin 2015 at 06:37
    Reply

    Bonjour,

    Vous parlez d’un sujet que vous ne maitrisez manifestement pas. Ce sont les partisans de la réforme qui agitent des chiffons rouges en accusant les bilangues de tous les maux, alors qu’elles agissent au contraire en faveur des objectifs que vous prétendez défendre : égalité et réussite.

    Je vous invite à (re)lire la réponse de Frédéric Auria:
    http://deutschpourtous.tumblr.com/post/121118022540/frederic-auria-repond-a-barbara-pompili

    Dernier point: j’ai toujours naivement pensé que les écologistes étaient de grands démocrates, je vois que comme tant d’autres, vous êtres prêts à toutes les compromissions.

    Mes salutions de citoyens entré en résistance…

  2. Sudholt
    14 juin 2015 at 22:29
    Reply

    Madame,
    je suis consternée par ce que je viens de lire: vous vous contentez de reprendre les éléments de langage du ministère…Quelle méconnaissance du dossier…
    Je suis professeur d’allemand et à l’horizon 2020, je devrai aller travailler dans 2 autres collèges pour avoir un temps plein: non, l’allemand ne sort pas renforcé de la réforme ! C’est scandaleux de prétendre le contraire…L’amitié franco-allemande est en péril: comment renforcer les jumelages et échanges ? le français n’est pas présent à de très rares exceptions près en Allemagne !!!
    Cette réforme ne renforcera rien du tout…Et non, l’excellence et l’élitisme ne sont pas accessibles à tous, malheureusement.. C’est leurrer les gens que de continuer à l’affirmer…
    Je n’aurais jamais cru la gauche, à laquelle j’ai toujours donné ma voix, capable d’un tel carnage…

    Une professeur d’allemand démotivée, méprisée par sa hiérarchie, affligée par le côté idéologique de la réforme du collège mais qui continuera de se battre pour ses élèves.

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