Audition d’Alain Boissinot, Président du Conseil supérieur des programmes

Lors de l'audition d'Alain Boissinot, Président du Conseil supérieur des programmes (CSP), par la commission des affaires culturelles et de l'éducation, j'ai rappelé la nécessité d'être ambitieux dans notre volonté de réformer l'école de la République. Pour que la démocratisation de l'accès à l'école s’accompagne d'une démocratisation de la réussite, il convient en effet d'opérer un changement d'approche ! Donner plus liberté aux équipes pédagogiques, ouvrir l'école vers l'extérieur, faire des élèves des acteurs de leur éducation....
Et le CSP doit justement permettre ce changement d'approche.Son travail sur le socle et sur les programmes sera en effet déterminant. J'ai donc interrogé son président sur un certain nombre de points qui nous semblent primordiaux pour réussir cette évolution et "ré-inventer" l'école : en finir avec le découpage des programmes par année scolaire, permettre la navigation à l'intérieur des cycles, adapter les programmes à chaque élève, s’intéresser au plaisir d'apprendre, revoir l'évaluation, les "éducations à"...

"Monsieur Boissinot,

Je vous remercie de votre présence parmi nous.

Les débats sur la refondation de l’école ont, comme vous le savez - beaucoup intéressé les membres de cette commission. Et, le conseil supérieur des programmes se situe au cœur de cette grande réforme, les programmes et leur évaluation occupent une place déterminante pour « ré-inventer » l’école.

Notre système éducatif est en effet en panne et je pense que tout le monde l’a remarqué car ce sont 140 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme et l’ascenseur social est bel et bien cassé.

Bref, je suis intervenue lors des débats sur la refondation à maintes reprises pour indiquer la nécessité d’être ambitieux dans cette volonté réformatrice pour changer notre façon de concevoir l’école et l’éducation : laisser plus de liberté aux équipes pédagogiques, favoriser les expérimentations, travailler sur des projets collectifs, ouvrir l’école sur l’extérieur, permettre aux élèves de devenir acteurs de leur éducation…

Ce que je veux dire c’est que le Conseil supérieur des programmes que vous présidez constitue précisément un outil parfait pour oser mettre en oeuvre ce changement d’approche. Et, comme vous le savez, les écologistes se retrouvent dans la logique du socle.

C’est pourquoi j’aimerais beaucoup que vous nous précisiez où en sont les réflexions du CSP sur un certain nombre de points.

La notion de « curriculum » par exemple, qui suggère plus de souplesse pour les professeurs dans la déclinaison des programmes et qui suggère aussi de dépasser le cadre traditionnel des « disciplines ».

Cette notion n’apparaît pas en tant que telle dans la Charte alors que vous y sembliez plutôt favorable. Pourriez-vous nous préciser ce qu’il en est de vos réflexions à ce propos ? Car c’est là un point essentiel qui nécessiterait de se retrouver au sein du socle.

De même, j’aimerais beaucoup vous entendre sur les fameuses  « éducations à »… l’environnement, à la santé, à la citoyenneté, pour ne citer que ces exemples.  L’école ne peut plus se borner à enseigner à lire, écrire et compter et de nombreux pays ont ainsi revu leur système scolaire en intégrant ces « éducations à », en dépassant donc le cadre « traditionnel » des disciplines. Pourriez-vous là aussi nous indiquer où en sont les réflexions du CSP ? Notamment en ce qui concerne l’éducation à l’environnement et au développement durable qui nécessite une réflexion spécifique du CSP au même titre que le parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel ou que le parcours d’éducation artistique et culturelle.

Le découpage des programmes par année scolaire est par ailleurs lui aussi problématique, de même que l’inscription des élèves dans une classe en fonction de leur âge. Cela nourrit un système cloisonné qui mène beaucoup d’élèves en situation d‘échec.

C’est pourquoi nous prônons également plus de souplesse dans la navigation au sein d’un cycle ce qui suppose donc une autre approche des programmes que celle, rigide, qui vaut actuellement. Donner la souplesse permettant d’adapter le fameux programme à chaque élève, c’est en effet la meilleure façon d’avancer pour permettre à notre idéal républicain de fonctionner à nouveau et pour mettre en place l’école inclusive pour laquelle nous sommes nombreux à plaider ici même.

Car il ne fait aucun doute que les programmes, la « conception générale des enseignements » et le « contenu du socle » sont indissociables de cette volonté de changer d’approche. Pourriez-vous nous indiquer comment le CSP avance sur ces enjeux ? Et l’enjeu est bien, au final, de donner plus de liberté pédagogique et de renforcer les capacités d’expérimentation afin que la démocratisation de l’accès s’accompagne de la démocratisation de la réussite.

Concernant les récentes « fuites »  dans la presse des travaux du CSP sur le socle, j’ai bien conscience qu’il s’agit là de documents de travail  mais permettez-moi deux réactions.

Tout d’abord un regret, la disparition de la notion « d’apprendre à apprendre » qui est essentielle et devrait vivre à travers de nouvelles formes de pédagogie.  C’est aussi la notion de plaisir d’apprendre qui nécessiterait d’apparaitre à travers la nouvelle définition de ce socle car il s’agit  d’encourager les élèves à donner le meilleur d’eux-mêmes, à favoriser la coopération et à promouvoir une pédagogie centrée sur le développement de l’élève.

Et, ma deuxième  remarque concerne l’évaluation et vous l’avez évoquée. Nous, les écologistes, souhaiterions que le projet de socle indique clairement la nécessité de sortir d’une logique de notation et la fin des compensations interdisciplinaires qui n’ont aucun sens !

Enfin, nous souhaiterions savoir si le CSP a prévu un travail spécifique sur les programmes des Espé, car la création d’un véritable socle commun et la réforme les programmes ne pourront se concrétiser que si les enseignants sont formés à ces innovations.

Je vous remercie."

Equipe de Barbara Pompili

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