Colloque sur la qualité de l'eau

Colloque sur la qualité de l'eau

2,1 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable salubre à leur domicile : c’est 30% de la population mondiale ! L'accès à l'eau potable est précieux et c'est un impératif pour préserver la biodiversité, notre environnement, notre santé et la vie y compris humaine. Cela exige une mobilisation de l’ensemble des acteurs.

Dépolluer les eaux représente un coût très important, c'est pourquoi nous devons investir dans la prévention. Nous devons aussi interroger nos modes de production et de consommation pour sortir de nos habitudes polluantes avec : des ménages qui adoptent les bonnes habitudes, des procédés industriels mieux contrôlés, une agriculture qui utilise moins d’intrants.

Les pouvoirs publics ont un rôle déterminant à jouer pour donner l'impulsion et fixer des règles claires et ambitieuses permettant à l’ensemble des acteurs de se saisir de ces enjeux. A l'Assemblée nationale, nous avons ainsi par exemple créé l'Agence française pour la biodiversité, interdit les néonicotinoïdes, les coton tiges, les micro billes... dont on connaît les effets délétères sur l’environnement et la santé. Mais nous nous devons aller plus loin encore dans la définition du cadre national et européen (notamment avec les négociations en cours sur la nouvelle PAC). Nous devons aussi nous inspirer des nombreuses innovations menées dans les territoires et qui permettent d'avancer grandement sur ces enjeux.

Le colloque organisé par l'UFC que choisir  sur la qualité de l'eau a permis de discuter de l’ensemble de ces enjeux.

Vous trouverez ici mon intervention lors de l'ouverture de ce colloque

Mesdames, messieurs,

Je suis heureuse d’ouvrir ce colloque sur la qualité de l’eau, que j’ai l’honneur de marrainer. Je remercie chaleureusement l’association « UFC Que choisir », et plus particulièrement son président, Alain Bazot, de l’avoir organisé.

C’est toujours un plaisir d’accueillir des personnes engagées comme vous. Vous contribuez à faire avancer les choses grâce à votre travail d’alerte et de sensibilisation. Votre dernière campagne S. EAU S. en a été un exemple.

Je remercie aussi les intervenants d’honneur qui prennent du temps pour contribuer au débat. La ressource en eau et sa qualité est un sujet de première importance. Merci à eux !

Oui, la ressource en eau est déjà au centre de l’attention dans de nombreux pays et le réchauffement climatique va généraliser cela…    Ce bien commun est de plus en plus rare. Et l’accès à cette ressource vitale peut être à l’origine de conflits.  

En France, nous avons la chance d’avoir une eau saine et abondante au robinet. C’est un luxe que nous avons tendance à oublier… 2,1 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable salubre à leur domicile : c’est 30% de la population mondiale.

Mais la qualité de notre eau de robinet entretient beaucoup de mythes. Si elle respecte toujours autant les exigences fixées, c’est que nous avons déployé toujours plus de moyens pour la dépolluer.

  • Aujourd’hui, on doit construire de nouveaux captages parce qu’on en a abandonné d’autres qui, trop pollués, sont devenus inexploitables.
  • On doit construire des canalisations supplémentaires pour diluer l’eau des captages pollués avec de l’eau captée ailleurs.
  • On doit faire plus de nettoyages dans les installations parce que des algues se sont développées à cause des engrais…

Il faut arrêter cette surenchère.

Ce n’est pas tenable, et tout le monde est perdant.

Moi je voudrais qu’on regarde les choses en face et qu’on s’attaque aux problèmes à leur racine. Ils sont nombreux, difficiles à résoudre en un instant. Mais c’est la seule solution qui soit durable. Il faut voir sur le long terme.

Le futur vers lequel on doit aller :

  • ce sont des ménages qui adoptent les bonnes habitudes,
  • ce sont des procédés industriels mieux contrôlés,
  • c’est une agriculture qui utilise moins d’intrants,

Tout ça, au final, ce sont aussi des consommateurs qui payeront moins cher leur facture d’eau.

Concrètement ça veut dire qu’il faut favoriser des actions préventives : ça passe beaucoup par la sensibilisation, par la concertation avec les acteurs pour faire évoluer les méthodes de production.

Et cela pour deux raisons principales. D’abord parce que ça coûte moins cher. La Cour des comptes n’a pas manqué de le voir, dépolluer sans faire de prévention coûte en moyenne deux fois et demi plus cher. On ne peut pas continuer comme ça, c’est une gabegie financière ! Tout cet argent dépensé à dépolluer pourrait servir à des choses bien plus constructives, les sujets ne manquent pas ! Ensuite, il faut plus de prévention parce que c’est décisif pour la qualité de l’eau dans le grand cycle de l’eau.

Quand on dit que la qualité de l’eau est bonne en France, on parle de ce qui sort de nos robinets. Mais les pollutions touchent aussi toute l’eau qui ne passe pas dans nos canalisations ! La pluie, l’eau qui s’infiltre ou qui ruisselle pour rejoindre les rivières et la mer. Cette eau là est bien plus difficile à traiter. Et ça a des conséquences graves sur notre environnement. Ça ne fait pas la une des journaux, mais l’impact écologique est bien là.

On connaît tous les algues vertes en Bretagne, mais les phénomènes d’eutrophisation sont plus large… et je pointe là des pollutions liées à l’activité agricole mais il y en a d’autres dont les effets sont tout aussi graves.

Il y a des recherches, par exemple, qui pointent les effets des perturbateurs endocriniens sur les poissons. On en retrouve qui change de sexe à cause de ces substances !

Mais si je me suis engagée politiquement pour défendre ces sujets là, ce n’est pas uniquement pour protéger les poissons ou les tritons. Nous aussi, en tant qu’êtres humains, nous sommes directement concernés. La biodiversité est un tout dont nous faisons partie.

Est-ce nécessaire de rappeler qu’une espèce disparaît toutes les 20 minutes, et qu’elles seront 40 % à avoir disparu au milieu du siècle prochain, si l’on ne fait rien ?

Tôt ou tard, la disparition de notre biodiversité aura des impacts énormes sur notre alimentation, notre économie, notre santé, et ça touchera évidemment d’abord les plus modestes, ça creusera les inégalités.

On ne peut pas laisser faire ça. La question de l’eau et de la biodiversité sont intimement liés.

Alors comment agir ? D’abord, puisque l’on veut s’attaquer aux causes, il faut les identifier.

Elles sont nombreuses : les pratiques agricoles, les consommations des ménages avec notamment les produits cosmétiques et ménagers, les médicaments jetés, et puis les rejets industriels, etc. On trouve de nouvelles sources de pollutions tous les jours !

Dans cette pluralité, les pratiques agricoles intensives restent le gros morceau qui mérite toute notre attention. Pour des questions de rentabilité, d’optimisation financière, on met en place des systèmes de production où la variable environnementale ne compte pas, ou trop peu. On réduit les coûts de production et ça augmente les dommages sur l’environnement.  

La France est le troisième consommateur de pesticides dans le monde, et de loin le premier en Europe. C’est 110 000 tonnes de pesticides qui sont employées dans nos champs chaque année. Et c’est la même chose pour les engrais qui s’accumulent d’année en année dans nos sols et qui contribuent à polluer les cours d’eau et les nappes phréatiques.

Mais ce serait facile d’accabler encore une fois les agriculteurs qui héritent d’un modèle mis en place par la PAC et que nous avons longtemps encouragé, qui repose globalement sur le dogme suivant :

Il faut :

  • produire  beaucoup,
  • produire  les variétés demandées par le marché international,
  • et produire  quelles que soient les conditions météo.

L’Union européenne tente de faire évoluer ce système à travers le verdissement de la PAC. Mais il faut aller encore plus loin. Les négociations sont en cours pour définir les contours de la nouvelle PAC qui doit entrer en vigueur en 2021.

La France doit peser de tout son poids pour aider et accompagner les agriculteurs vers la transition agro-écologique, sachant qu’on n’y arrivera pas du jour au lendemain. Raison de plus pour s’y mettre !

Puisqu’on parle de l’Union européenne, permettez-moi quelques mots sur la directive cadre sur l’eau. C’est une législation contraignante que la France doit impérativement respecter car les objectifs ne sont pas atteints. Cette directive fixe une obligation de résultats pour le bon état des masses d’eau et la non-dégradation de leur état actuel. J’ai bien peur que nous ayons encore de grands progrès à accomplir !

Concrètement, cela se décline en France par les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux. Ces plans d’action visent notamment à protéger les aires d’alimentation des captages. Bien sûr, les enjeux sont grands et il reste beaucoup à faire, mais je tiens à saluer les agences de l’eau qui mènent un travail remarquable. Elles permettent de réels progrès dans la reconquête de la qualité des eaux.

Je veux à ce propos remercier mes collègues Adrien Morenas et Loïc Prud’homme qui ont rédigé un rapport d’information très instructif sur la ressource en eau. L’importance des agences de l’eau y est soutenue avec conviction. Je sais que les agences ont des problèmes de personnel. Elles ont des moyens mais pas assez de personnel sur le terrain.

Ces questions-là sont regardées de près par les parlementaires, et notamment au sein de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, que je préside.

En tant que législateur, nous avons aussi la responsabilité de définir le cadre qui permettra à l’ensemble des acteurs de se saisir de ces enjeux.

En 2016, à travers la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages que j’ai portée en tant que Secrétaire d’Etat, nous avons créé l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB), nous avons voté l’interdiction des néonicotinoïdes, des cotons tiges et des microbilles, dont les effets sont délétères pour la qualité de l’eau comme pour la biodiversité. Je vous assure, ça n’a pas été de tout repos. Mais on n’y est arrivés ! Ça ne règle pas tout, loin de là. Et les débats de la loi EGALIM l’ont montré, je n’y reviendrai pas. Mais c’est un signal fort.

Nous devons aussi regarder les belles innovations qui existent dans les territoires.  Je pense par exemple à un site exceptionnel que j’ai visité à Rochefort ; c’est une station de lagunage où l’eau est traitée biologiquement. C’est un beau moyen de combiner le besoin de traiter les eaux et d’en tirer profit pour la nature.

Et il y a d’autres initiatives qui voient le jour pour sensibiliser les Français à la question de la qualité de l’eau. A Besançon, la Ville a fait en sorte que la source soit protégée en amont. Ils ont décidé d’associer tous les acteurs en amont, ils se sont tous mis autour de la table : les industriels, les agriculteurs, les personnes de la commune pour trouver des solutions. Le résultat c’est qu’on a des acteurs fiers du travail accompli. J’ai parlé avec le directeur de l’agence de l’eau concernée, ça coûte cinq fois moins cher maintenant de traiter l’eau.

Ça a tellement bien marché que la ville a eu l’idée assez originale de créer une marque pour promouvoir l’eau municipale, la Bisontine. Est-ce qu’il aurait fallu aller jusque-là, je ne sais pas. En tous cas, les habitants sont attachés à leur eau, et bien plus sensibles aux enjeux de pollution.

Ce sont des exemples parmi d’autres qui montrent que c’est possible de faire autrement, que les pouvoirs publics ont un rôle déterminant à jouer, et pour cela il faut qu’elles aient les informations nécessaires, mais que tout le monde peut y mettre du sien.

Je crois en l'action concertée et collective de tous les acteurs, pour préserver cette ressource si vitale pour l'homme. En ces temps où s’ouvre la 2ème partie des assises de l’eau, le travail commun passe par des rencontres comme celle qui a lieu ici aujourd'hui.

Je vous remercie et vous souhaite donc un excellent colloque!

 

Equipe de Barbara Pompili

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