Coprésidence de groupe : Une innovation utile à la transformation de la vie politique

Coprésidence de groupe : Une innovation utile à la transformation de la vie politique

Le principe de coprésidence de groupes va être inscrit dans le règlement de l'assemblée nationale.

Interview de Barbara Pompili à lire en cliquant ici 

Le premier texte écologiste de la législature portait sur une question de règlement de l’Assemblée nationale. Ce choix n’est-il pas surprenant ?

Nous sommes la majorité du changement. Nous voulons changer la politique : d’abord, dans son contenu, en prenant en compte des aspirations et des enjeux nouveaux – c’est le cas aujourd’hui avec les questions des ondes électromagnétiques et des lanceurs d’alertes, qui sont à la fois sociales et environnementales. Mais le changement en politique passe aussi par celui des pratiques : permettre aux groupes politiques à l’Assemblée de se doter de coprésidences, c’est-à-dire d’un mode de régulation plus collectif et paritaire, c’est un premier pas. Nous sommes en train de le franchir.

Mais les écologistes ont déjà une coprésidence, qu’est-ce qui va changer, avec votre texte ?

Avec les 17 écolodéputé-e-s, nous avons fait le choix d’une co-présidence. Depuis juin dernier, François de Rugy et moi animons le groupe, le représentons dans les instances de l’Assemblée nationale, agissons en son nom dans les débats. Ces six mois ont permis de constater que cela marche – ce n’est d’ailleurs pas une surprise, puisque c’est une formule que les écologistes pratiquent déjà au parlement européen ou au Bundestag allemand.

Mais cette innovation ne fonctionne que parce que nous jonglons en permanence avec un règlement de l’Assemblée qui ne reconnaît pas formellement la coprésidence. Il n’y a qu’un président administrativement – ce fut François pendant les six premiers mois, je le suis en titre depuis quinze jours. Il s’agit aujourd’hui de traduire dans le texte du règlement un mode de fonctionnement qui a fait ses preuves, et de cesser de louvoyer avec les textes.

Concrètement, qu’est-ce que la coprésidence apporte ?

D’abord, un mode de gestion du groupe plus collectif. On n’est pas dans l’autorité, mais bien dans l’animation. C’est cela le rôle d’un président de groupe ou d’organisation politique. Quand cela devient un enjeu de pouvoir exercé personnellement ou pour une faction, on voit où cela mène : à la palinodie de l’UMP. La coprésidence, c’est le système le plus simple pour se prévenir contre de telles dérives.

A deux, on est plus disponibles, à deux, on est moins tenté d’agir sans consulter. Et cela ne coûte rien à personne : la présidence de groupe est une fonction qui ne donne aucun moyen supplémentaire à celle ou celui qui l’assure.

Vous ne parlez pas de la parité ?

Bien sûr que cela compte ! Lorsque je suis devenue, administrativement, « la » présidente du groupe, mi-janvier, un administrateur m’a fait remarquer que j’étais la première femme à occuper un tel poste depuis le début de la Vè république – il y a 55 ans ! C’est dire que la parité a du chemin à faire dans nos institutions. Notre groupe comporte autant de femmes que d’hommes. En nous dotant d’une coprésidence paritaire, c’est aussi cela que nous voulons traduire…

Votre proposition avait été rejetée en commission, et la discussion dans l’hémicycle l’a rétablie. Pourquoi ?

C’est vrai que cet épisode nous avait surpris : nous avions sans doute sous-estimé la réticence d’une partie du monde politique au changement, y compris chez nos partenaires ! Mais nous avons continué à discuter avec nos collègues de la majorité et notamment avec Bruno Leroux qui nous a apporté son soutien : car notre proposition ouvre une possibilité aux groupes, elle n’impose rien. Chacun sera libre, dans l’avenir, de choisir ou non une coprésidence. En ce sens, la discussion d’aujourd’hui et le vote qui interviendra dans deux semaines sur notre proposition sont un bon marqueur de la volonté de nos partenaires de la majorité de changer vraiment des pratiques politiques dont les Français ne veulent plus…

C’était un test ?

Oui, en un sens.

Un test pour la majorité, qui a saisi l’occasion de démontrer qu’elle sait entendre et respecter toutes ses composantes.

Un test pour l’opposition qui, par la voix du député Tardy s’y est opposée en arguant - cela sonnait plus comme un aveu que comme une analyse - qu’on « ne met pas deux crocodiles dans le même marigot ».

Mais c’était plus généralement un test pour la transformation de la vie politique. On a avancé sur de nombreux points depuis juin dernier, grâce à Claude Bartolone. Sur la réserve parlementaire, sur les moyens accordés aux députes, il y a moins d’arbitraire et moins d’opacité qu’auparavant. Ce sont des sujets importants pour les écologistes, et nous irons, pour notre part, plus loin dans les semaines à venir en jouant, individuellement et collectivement, la transparence totale sur ces questions. Nous n’avons pas besoin pour cela de changer le règlement : c’est une question de comportement personnel. Mais sur la coprésidence, il nous semblait nécessaire d’adapter le règlement.

On devra donc vous appeler « madame la coprésidente » ?

Quand le texte aura été définitivement adopté, dès le 12 février, il n’y aura pas administrativement deux demi-présidents, mais bien deux présidents, à égalité de devoirs devant le groupe, et obligés d’agir ensemble pour assumer leurs responsabilités dans le fonctionnement de l’institution. Nous avons prouvé que cela marche. Ne restait plus qu’à l’écrire dans le règlement : ce sera très bientôt chose faite.

 

Equipe de Barbara Pompili

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