Donner à l’école de demain l’envergure dont elle a besoin pour former les futurs citoyens

Barbara Pompili a présenté l'explication de vote des écologistes sur le projet de loi relatif à la refondation de l'école.
Pour les députés écolos, il faut avoir l’ambition d’inventer l’école de demain, celle qui permettra aux générations à venir de relever les défis du 21e siècle. Car refonder l’école, c’est aussi réinventer.... et se limiter à une simple réparation ne suffira pas.
De nombreuses propositions ont été faites par les écologistes lors des discussions en commission puis en  séance publiques. Si certains amendements ont été adoptés, il convient d'aller encore beaucoup plus loin pour donner à l’école de demain l’envergure dont elle a besoin pour former les futurs citoyens.

Retrouver ci-dessous l'intervention de Barbara Pompili en séance publique

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Madame la Ministre, Mes chers collègues,

Depuis plus d’un siècle, nous construisons l’école à l’image de la société que nous voulons.

Chaque génération est confrontée à un défi : adapter l’école à la marche du temps et assurer la permanence de nos valeurs républicaines.

Lorsque nos prédécesseurs ont mis en place une école laïque, publique et obligatoire, il s’agissait d’offrir la même qualité d’éducation aux futurs citoyens, quels que soient leurs moyens ou leurs lieux d’habitation…

Aujourd’hui, où en est-on ?

L’école ne parvient plus à contrecarrer les inégalités sociales et territoriales et le niveau des élèves ne cesse de se dégrader.

 

Ces 10 dernières années, nous avons trop souvent eu le sentiment que les réformes, plutôt que de prendre la mesure du problème, ont contribué à l’aggraver.

Derrière la création des internats d’excellence, la déconstruction de la carte scolaire ou encore la suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme... Que trouve-t-on sinon une logique punitive et d’exclusion, une logique de renforcement des inégalités… combinée à une volonté de culpabiliser les familles ?

Derrière la destruction des 80 000 postes d’enseignants et la suppression de leur formation … que trouve-t-on sinon du mépris pour le monde enseignant et, par là-même, pour notre jeunesse ?

Car c’est bien notre jeunesse qui a subi l’abandon de certaines de nos valeurs républicaines et le recul des moyens accordés à l’école !

 

Ce modèle de société, nous n’en voulons pas. Nous voulons que l’école renoue avec ses missions originelles, pour redevenir le creuset, le ferment d’une République où chacun dispose des mêmes droits. Nous avons la volonté de construire une société où chacun trouvera sa place et s’épanouira. Pour cela, l’école de la République doit à nouveau offrir sans distinction de territoire ou d’origine sociale la même qualité d’encadrement et les mêmes moyens... Car l’enjeu est bien la réussite de tous… et non l’excellence de quelques-uns.

 

Et, par-delà, il faut aussi avoir l’ambition d’inventer l’école de demain, celle qui permettra aux générations à venir de relever les défis du 21e siècle.

Car refonder l’école, c’est aussi réinventer. Ayons le courage d’innover, de bousculer les pratiques sclérosantes et les cloisonnements paralysants… pour proposer d’autres outils, d’autres approches dont certaines ont fait d’ores et déjà leurs preuves. Se limiter à une simple réparation ne suffira pas !

Monsieur le Ministre, nous vous avons fait part de notre soutien déterminé qu’il s’agisse du « plus de maîtres que de classes », de l’accueil dès 2 ans ou encore de la réforme des rythmes. Et, vous le savez, nous voterons ce projet de loi qui va dans le bon sens.

Mais il faut aller beaucoup – BEAUCOUP – plus loin ! C’est le sens des propositions que nous avons faites au cours des débats en commission et en séance publique.

Certaines ont été entendues, et je vous en remercie. D’autres nécessitent de l’être, pour que cette refondation soit à la hauteur des espérances.

Profitons de la création des Espé, si attendues, pour renforcer la formation continue et proposer deux années pleines de formation aux futurs enseignants.

Il faut également organiser un pré-recrutement digne de ce nom, pour que chacun puisse accéder à cette profession…. et ouvrir au plus vite un dialogue sur la revalorisation du métier d’enseignant.

Faisons de l’école - non le lieu de la sélection par l’échec - mais un lieu inclusif… qui accueille tous les élèves quelles que soient leurs difficultés et handicaps, et s’adapte aux besoins de chacun… pour permettre la réussite de tous.

Encourageons la liberté et l’expérimentation pédagogiques.

Revenons sur l’article 27 bis qui instaure une précarisation législative des langues et cultures régionales, contrairement à l’objectif même de la loi.

Ouvrons l’école sur l’extérieur ; ouvrons ses portes aux familles et aux nombreux acteurs du monde de l’éducation.

Dépassons les carcans de l’école pour appréhender l’éducation dans sa globalité, en décloisonnant temps scolaire, périscolaire et extrascolaire … au profit d’une continuité et de la co-construction des politiques éducatives.

Les projets éducatifs territoriaux sont un outil essentiel qui nécessite plus d’envergure … et doivent, Monsieur le Ministre, avoir vocation à se développer partout en France. Nous attendons beaucoup de la navette sur ce sujet.

Pour assurer l’équité territoriale, le fonds d’amorçage doit être transformé en fonds d’accompagnement des collectivités territoriales.

À côté des savoirs disciplinaires, promouvons l’éducation artistique et culturelle, l’éducation à l’environnement, à la santé, à la citoyenneté.

Quant à l’évaluation et la notation, c’est une révolution pédagogique qui doit être menée… Sortons d’un système qui forme à la compétition…. pour, au contraire, valoriser et former à l’apprentissage de la coopération ! Soyons audacieux ! Allons jusqu’au bout en revisitant le brevet et le bac ! Et n’ayons pas peur de faire de l’élève un acteur de son parcours.

C’est en agissant sans tabou ni œillère que l’école de la République pourra à nouveau incarner une promesse crédible pour notre jeunesse et que nous pourrons lui redonner confiance.

Je regrette d’ailleurs que les enjeux que je viens d’évoquer n’aient pas toujours été débattus et approfondis avec l’attention méritée la semaine dernière.

Refonder l’école ne peut se passer d’un débat de fond digne de ce nom.

Les débats vont désormais se poursuivre au Sénat. Je ne doute pas de la détermination de mes collègues écologistes à prendre le relai de nos combats pour donner à l’école de demain l’envergure dont elle a besoin pour former les futurs citoyens du 21e siècle.

Je vous remercie.

Equipe de Barbara Pompili

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2 Comments

  1. LCParis
    20 mars 2013 at 16:51
    Reply

    Très bon discours, on aimerait qu’il soit suivi d’actes, de la part du gouvernement mais aussi des collectivités territoriales qui ont en charge une part de la responsabilité du fonctionnement du système éducatif.

    Et si on commençait par supprimer grandes écoles et classes préparatoires ? en tout cas fusionner avec l’université, pour mettre fin à cette compétition que dénoncent les écologistes, et imaginer d’autres voies de sélection et formation de nos « élites »…

  2. 20 mars 2013 at 18:48
    Reply

    J’ai enseigné d’abord les maths au Maroc, puis en primaire et ai terminé en maternelle, en ZUP à Blois . Il me parait indispensable d’améliorer l’enseignement à tous les niveaux mais surtout énormément en maternelle . Selon des chercheurs de CNRS (comme Laurence Lentin), il ne faudrait au maximum que 15 élèves par classe en maternelle, afin que chaque jour, chaque enfant puisse s’exprimer individuellment avec l’enseignant(e) , acquérir le vocabulaire des 2 à 3000 mots indispensables pour ensuite apprendre à lire, à son rythme et avec plaisir .
    Un apprentissage à la communication, à la résolution des conflits par des techniques non-violentes, et surtout à la coopération sont indispensables .
    Enfin, tout au long de sa scolarité, tous les enfants devraient découvrir les vies, les écrits des plus grands Bâtisseurs de Paix non-violents ( de TolstoÏ, Gandhi, M L King, jusqu’aux plus récents, comme Vandana Schiva, Waris Dirie, Wangari Maathai, etc
    Une éducation à la parentalité , à la vie en couple, en famille devrait aussi être dispensée, afin d’éviter tant de drames familiaux ( divorces)
    Enfin aussi un très grand effort doit être fait pour apprendre à TOUS et à TOUTES le RESPECT de chaque être vivant, de la Nature, etc .
    Que chaque enfant, dès le CP, effectue un séjour d’au moins une semaine tous les trimestres dans des fermes pédagogiques ( à développer) pour apprendre à travailler avec leurs mains, en particulier le jardinage (si formateur !!) , l’admiration des beautés de la Nature, des animaux en liberté, etc ..
    Etudier en classe les causes de tant de violences , les conséquences parfois terribles des jeux dangereux, des rackets, des brimades etc
    Etudier aussi comment éviter les addictions aux drogues ( tabac, alcool etc mais aussi aux écrans … )
    IL est inadmissible que 10% des femmes soient battues, que tous les deux jours et demie une femme, en France!! meure sous les coups de son conjoint, que 150 000 femmes soient violées chaque année, que tant d’enfants sont victimes d’agressions sexuelles, de viols , etc
    Il faudrait que le BAFA soit accessible gratuitement, que chaque jeune diplômé de cet examen soit invité à s’occuper d’enfants pendant au moins la moitié des vacances scolaires (centres aérés, colonies de vacances, etc) et que les jeunes ayant eu de « bonnes notes » pour leurs aptitudes pédagogiques bénéficient de points supplémentaires lors du concours à l’entrée aux IUFM s’ils désirent se destiner à l’enseignemetn . Qu’en signant un engagement de servir dans l’enseignement public pendant au moins dix ans, comme cela se faisait avec succès il y a 40ans, tout jeune ayant réussi le concours d’entrée à l’IUFM perçoive une bourse d’études dès sa réussite au baccalauréat .
    Pourquoi exiger une licence pour enseigner ? Le niveau du bac me semble largement suffisant, afin que les futurs enseignants ne perdent pas plusieurs années à apprendre des tas de notions qui ne leur serviront jamais .. mais au contraire, qu’ils étudient un maximum de pédagogues (depuis Montaigne, Rousseau, Makarenko, etc etc jusqu’aux plus modernes . Qu’ils fassent des stages de plusieurs semaines dans un maximum d’écoles alternatives, dans des fermes pédagogiques, afin que les jeunes français cessent de mépriser le travail manuel ..
    Ce qui précède est le résultat de nombreuses lectures, expérimentations, dialogues, méditations, etc
    Ce fut un travail collectif ..
    Qu’en pensez-vous ?
    Bien cordialement
    Emile Mas
    et BRAVO pour ce que vous avez déjà fait !!

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