"Donner les noms des réacteurs à fermer permettra à chaque territoire de pouvoir préparer la suite" - AEF

"Donner les noms des réacteurs à fermer permettra à chaque territoire de pouvoir préparer la suite" - AEF

Dépêche AEF : Barbara Pompili : "Donner les noms des réacteurs à fermer permettra à chaque territoire de pouvoir préparer la suite" . A lire sur le site de l'AEF en cliquant ici

Par Souen Léger

Alors que les débats dans le cadre de la révision de la PPE se poursuivent, notamment autour de la place de l'atome dans le mix français, la commission d'enquête sur le nucléaire a commencé ses travaux le 15 février 2018. Sa rapporteure, la députée LREM de la Somme Barbara Pompili, revient pour AEF sur les raisons qui ont conduit à sa création et sur ses objectifs. Cette ancienne élue EELV, secrétaire d’État chargée de la biodiversité dans les gouvernements de Manuel Valls puis de Bernard Cazeneuve, aujourd’hui présidente de la commission du développement durable, s’interroge notamment sur l’avenir d’EDF. Elle souhaite aussi que la future PPE contienne une liste des réacteurs à fermer, afin d’ôter "l’épée de Damoclès" qui plane sur les territoires potentiellement concernés. Elle évoque par ailleurs une majorité à la sensibilité écologique prononcée.

AEF : La commission d'enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, mise en place en partie sous votre impulsion, a lancé ses travaux le 15 février (lire sur AEF). Mais l'adoption de la proposition de résolution visant sa création s'est heurtée à une opposition marquée des Républicains. En avez-vous été surprise ?

Barbara Pompili : Non. Je note cependant que le positionnement public adopté par Les Républicains n’est pas un positionnement unanime… En commission, ils ont amené le débat sur des points de procédure alors qu’il s’agit d’un débat politique. Par ailleurs, il faut se rappeler que nous avons obtenu l’accord unanime de tous les autres groupes. Ce qui signifie que nous avons mis d’accord des gens qui n’ont pas la même approche, y compris au sein de La République en marche où il y a des pronucléaires, des antinucléaires, des personnes en questionnement ou qui se disent "agnostiques"… Mais nous avons tous un point commun : nous voulons que la sûreté et la sécurité des installations nucléaires soient assurées.

AEF : Le but de cette commission d’enquête est-il aussi de peser sur la révision en cours de la PPE qui doit notamment se pencher sur la part du nucléaire dans le mix électrique français ?

Barbara Pompili : Oui et non… La question du nucléaire, nous nous la sommes posée en dehors du cadre de la PPE. Nous nous sommes retrouvés à une croisée des chemins. Greenpeace nous a alertés sur les questions de sécurité, notamment en ce qui concerne la cybercriminalité. Par exemple, que donnerait le hacking sur une centrale ? Se pose aussi la question de la radicalisation de certaines personnes et donc de la gestion de ceux qui entrent dans les centrales. Or, la situation n’est pas simple, car il y a aujourd’hui beaucoup de sous-traitants.

Se posaient par ailleurs des questions sur la sûreté, qu’il s’agisse de l’affaire du Creusot, de l’enjeu de la prolongation des centrales au-delà de 40 ans, etc. Et, cerise sur le gâteau qui a déclenché l’affaire : lors d’auditions, EDF et l’ASN ont tenu des propos différents, à une heure d’intervalle, sur des mêmes faits physiques, en l’occurrence sur l’épaisseur des murs de piscines de refroidissement. Nous, représentants de l’État, avions ainsi deux réponses différentes sur la même question. Qu’est-ce que cela signifie ? Que certains n’ont pas les bonnes informations ? Que certains mentent ? Nous ne pouvions pas ne pas faire cette commission d’enquête.

AEF : Souhaitez-vous que les conclusions de votre commission d'enquête soient utilisées dans la PPE ?

Barbara Pompili : J’ai pris l’initiative de booster les choses en termes de timing afin que cela aille le plus vite possible. En sachant que la PPE doit être révisée d’ici fin 2018 et qu’il faut compter environ six mois pour les différentes validations et consultations, il faudrait qu’elle soit bouclée pour fin juin. Si notre commission d’enquête soulève un certain nombre de points, notamment sur les arrêts de réacteurs, il serait dommage qu’ils soient versés au débat une fois la PPE bouclée. Il faut que des décisions soient prises sur des faits et non sur des postures idéologiques, car au final, c’est le citoyen français qui paye la note de notre politique énergétique.

AEF : En toile de fond de ces débats sur l’atome, se pose la question de l’avenir d’EDF. Faut-il sauver l’électricien public, et comment ?

Barbara Pompili : Se cacher la tête dans le sable en ne voulant pas regarder les problèmes en face ne sauvera pas EDF. Est-ce qu’EDF doit mettre tous ses œufs dans le panier nucléaire ? Faire le virage vers d’autres types d’énergies ? Le mur d’investissements est colossal. Je ne veux pas du tout tuer EDF. Mon objectif est d’avoir des décisions de politique énergétique sensées, basées sur des faits, pour nous projeter vers l’avenir.

AEF : Comment réagissez-vous aux déclarations d’EDF qui indiquait fin janvier ne pas vouloir fermer de nouveaux réacteurs après Fessenheim avant 2029 (lire sur AEF) ?

Barbara Pompili : La réponse du gouvernement a été assez claire. J’ai entendu Sébastien Lecornu réagir, car j’étais en déplacement avec lui : il a expliqué que la politique énergétique de notre pays n’est pas décidée par les opérateurs. J’ai trouvé cela très sain.

AEF : Dans votre esprit, la PPE doit-elle livrer les noms des réacteurs à fermer ?

Barbara Pompili : A titre personnel, oui, idéalement, je souhaite que la PPE contienne une liste des réacteurs concernés. Nous sommes tous d’accord sur un point qui nous lie et qui est la baisse du nucléaire à 50 %, même si la question de la date n’est pas tout à fait tranchée. Si on veut que cet objectif soit respecté, il faut mettre en place des politiques publiques. Beaucoup de territoires sont inquiets, avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête qui les empêche de se projeter dans l’avenir. Donner les noms des réacteurs à fermer permettra à chaque territoire de pouvoir préparer la suite. Dans le bassin minier, d’où je viens, tout le monde savait que les mines allaient fermer mais rien n’a été fait sur la revalorisation du territoire. Il faut une politique de courage, de transparence. Si on donne uniquement le nombre de réacteurs, on laisse cette épée de Damoclès, ce qui est plutôt contraire à la position habituelle d’Emmanuel Macron qui préfère anticiper.

AEF : François-Michel Lambert, qui a été comme vous un député EELV avant de rejoindre La République en marche, souhaite monter un "pôle écologie" au sein de la majorité (lire sur AEF). Comment appréhendez-vous cette démarche ?

Barbara Pompili : Je comprends ce que souhaite faire François-Michel Lambert, mais je ne suis pas partie prenante de cette initiative. Il ne faut pas tomber dans la tentation groupusculaire, cela limite les possibilités d’action. Sont rentrés à l’Assemblée nationale beaucoup de gens qui n’étaient pas dans le système politique, des personnes issues de la société civile qui présentent une sensibilité écologique largement supérieure à ce qu’il y avait auparavant dans l’hémicycle. Ces personnes-là, je n’ai pas envie qu’elles se sentent mises de côté. Je préfère travailler avec tout le monde pour que les idées infusent, l’univers des possibles est beaucoup plus large qu’avant, il ne faudrait pas gâcher cela.

AEF : Bien que sensibles aux enjeux énergétiques et environnementaux, ces députés ne souffrent-ils pas malgré tout d’un déficit de formation sur ces questions ?

Barbara Pompili : Beaucoup de députés sont arrivés novices mais nous ne sommes plus en juin 2017. Un grand nombre a compris l’intérêt de se concentrer et de s’aguerrir sur un nombre limité de sujets. Par ailleurs, il faut mettre un terme au discours qui consiste à dire que ces questions, parce qu’elles sont compliquées, ne peuvent pas être expliquées en termes intelligibles et donc être appréhendées par tout un chacun.

AEF : Comment la mouvance écologiste de la majorité se positionne-t-elle par rapport à Nicolas Hulot ?

Barbara Pompili : Au sein du gouvernement, Nicolas Hulot a un poids important que nous avons tout intérêt à appuyer. Notre rôle en tant que parlementaires est d’être en soutien, de faire bouger les lignes comme nous l’avons fait sur la loi hydrocarbures que nous avons fait progresser, ou sur les ordonnances dites Sivens. Nous avons aussi été une force d’appui dans l’affaire du glyphosate : il faut se rappeler que l’on partait sur une ré-autorisation pour 10 ans ! Un soutien donc, mais un soutien exigeant. La commission du développement durable s’est d’ailleurs donné ce rôle d’être la vigie des politiques publiques qui vont être mises en place car, lorsqu’on a le nez dans le guidon, on peut laisser passer un certain nombre de choses. Notre point de repère, ce sont les engagements de la campagne présidentielle.

Equipe de Barbara Pompili

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