Et si la réindustrialisation passait par l'écologie ? Conclusion du colloque

Et si la réindustrialisation passait par l'écologie ? Conclusion du colloque

Intervention de Barbara Pompili lors de la conclusion du colloque "Et si la réindustrialisation passait par l'écologie ?"

Mesdames, Messieurs, Mes chers collègues,

Ce colloque a été l’occasion pour nous tous d’échanger sur l’avenir de notre industrie, sur ce que nous attendons d'elle mais aussi ce que nous voulons pour elle. Ce thème prend tout son sens dans le contexte de crise que nous connaissons, alors que les salariés craignent la précarité et que les entrepreneurs perdent parfois confiance. Les propositions audacieuses et les pistes de réflexions qui ont été lancées aujourd'hui prennent donc une importance renouvelée.

Je tiens donc à remercier chacun d'entre vous d'y avoir participé. Monsieur le Ministre pour son intervention, les représentants des collectivités territoriales pour leur implication et leur déplacement ; mes collègues, la commission Economie, Social et Services Publics d’EELV, ainsi que les représentants d’entreprises pour leur participation.

Certes, le constat est amer. Le productivisme à l’ancienne ne fonctionne plus ; il ne répond plus aux exigences de compétitivité, aux exigences sociales, ni aux exigences environnementales actuelles. L’industrie basée sur ce modèle décline toujours plus, entrainant l’impuissance des décideurs et le désarroi des salariés comme des entrepreneurs.

Et pourtant, il y a de quoi d’être optimiste ! Parce que notre pays possède un savoir-faire reconnu dans le monde entier et valorisable, parce que nos PME constituent un réseau dense et prometteur d’activité, implanté dans des territoires dynamiques.

C’est donc notre responsabilité de femmes et d’hommes politiques que d’inciter ces entreprises à s’engager dans une transition écologique de l’industrie : Il s’agit d’innover et de produire en tenant compte des nouvelles exigences : maintien de l’emploi et requalification des salariés, ou encore excellence environnementale.

Cette transition industrielle des bassins de production doit être accompagnée et soutenue par une politique industrielle repensée. Mieux, elle doit être anticipée par un Etat stratège plutôt que subie par un Etat-pompier.

Dans cet objectif d'anticipation, l'ensemble des acteurs du secteur industriel doit être associés. Oui !, les chefs d’entreprise comme les salariés ont un rôle important à jouer dans cette reconversion ! C'est l'implication de tous qui permettra l'adaptation de notre industrie aux défis auxquels elle doit faire face.

A ce titre, les méthodes de travail initiées par le gouvernement et regroupant l'ensemble des partenaires sociaux  vont dans le bon sens.

Mais au-delà des relations institutionnelles établies au niveau national, chaque salarié doit pouvoir prendre part aux décisions stratégiques pour son entreprise, et s'impliquer dans son développement. Une plus grande démocratie au sein des entreprises, c'est aussi ça la reconversion écologique de l'économie.

Certaines entreprises ont d’ores et déjà pris l’initiative d'une réorientation stratégique plus écologique, en lien avec les collectivités territoriales : c’est cette alchimie de nécessaire adaptation industrielle et de volonté politique qui les a permises.

Je pense notamment au site d’Amiens du groupe  Mersen et qui a réussi une formidable reconversion en coopération avec la Région. Cet exemple m’est cher car il démontre combien conversion écologique de l’industrie, préservation de l’emploi et efficacité économique sont compatibles.

D’autres aussi l’ont compris et se lancent dans cette aventure, avec parfois moins de soutien, mais conscients de cette nécessité et du potentiel qui l’accompagne. Cette audace et cette clairvoyance sont louables : nous devons, en tant qu’écologistes et en tant que députés, les inciter et toujours mieux les accompagner pour les généraliser.

Ces incitations et cet accompagnement passent par un soutien spécifique aux entreprises, et par de nouvelles compétences des collectivités territoriales qui sont au plus près des enjeux. Ce sont elles qui doivent pouvoir conseiller, orienter et soutenir. Il faut davantage leur en donner les moyens. Mais la proximité des collectivités ne doit pas nous faire oublier le formidable levier politique qu'est l'Union Européenne. Monsieur le Ministre et les différents intervenants l'ont rappelé : une véritable politique française de réindustrialisation écologique ne se fera pas sans l'Europe. C'est aussi à son niveau que doit être promu cette réindustrialisation  ... non seulement de notre pays mais aussi de l'Union, et nos collègues députés européens y travaillent eux aussi quotidiennement.

C’est pourquoi les écologistes continueront de promouvoir la réindustrialisation responsable de nos territoires en s'efforçant de créer un environnement national favorable et incitatif lors de l’examen des prochains textes. La création de la BPI a déjà permis de renforcer les liens entre les PME et les régions.La prochaine loi sur la transition énergétique sera pour nous l'occasion de promouvoir la décentralisation de la production d'énergie : cette mesure que nous porterons permettra de favoriser le développement non seulement des énergies renouvelables, mais aussi de l'ensemble des filières industrielles et économiques qui leurs sont liées. L'autre texte qui retiendra notre attention sera la loi sur la consommation, qui nous permettra de porter une vision plus écologiste de la consommation, et donc de repenser les critères de production. Cette loi sera l'occasion de contenir l'obsolescence programmée, de promouvoir les Indications Géographiques Protégées afin de renforcer la production locale et de flécher une consommation verte en réduisant les circuits.

Enfin, nous devons saluer l'initiative de la Ministre de l'Ecologie : l'annonce d'une loi-cadre sur l'économie circulaire lors du Congrès de France Nature Environnement est une avancée. Là encore, les députés écologistes seront mobilisés pour soutenir et améliorer le texte ainsi que les propositions qui seront faites.

Nos propositions sont ambitieuses, parce que nous avons le devoir d'être ambitieux pour faire face à la crise industrielle que nous vivons. Il s'agit non seulement d'y répondre, mais aussi de consolider notre industrie et de l'implanter au plus près des territoires pour la rendre moins vulnérable aux changements de conjoncture. Cette réorientation stratégique de notre outil industriel est nécessaire pour faire face aux difficultés économiques que connait la France ; mais elle est aussi l’occasion de repenser nos modes de production. En créant des emplois qualifiés et non-délocalisables ; en préservant et formant tout au long de leur vie les ouvriers d’aujourd’hui ; et en intégrant la politique industrielle dans les problématiques de santé publique, par la promotion de modes de production moins polluants et plus respectueux de l’environnement, et par l’incitation à la production de biens inoffensifs pour la santé.

Sur cette thématique, les écologistes ont un rôle à jouer. Un rôle de réflexion, mais aussi un rôle de proposition par l’intermédiaire de notre représentation. Et notre présence ici témoigne de notre implication à tous. C'est pourquoi je tiens à tous vous remercier une fois encore de votre participation.

 

Equipe de Barbara Pompili

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