Lutte contre le dopage

Lutte contre le dopage

Barbara Pompili est intervenue hier en séance publique sur le code mondial antidopage. Elle a pointé les effets néfastes, tant pour le sport professionnel que pour le sport amateur, d'une course effrénée aux résultats et à la compétition. Elle a également dénoncé les intérêts financiers et appelé aux véritables valeurs sportives que sont le partage, la convivialité et l'émulation.

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président de la commission,
Monsieur le rapporteur, (Pascal Deguilhem),
Chers collègues,

La lutte contre le dopage est un objectif partagé par tous, quelle que soit notre famille politique. En témoignent d’ailleurs le large consensus dont je me félicite autour de ce projet de loi lors des discussions au Sénat et les expressions des différents groupes politiques la semaine dernière en commission qui, sans exception, reconnaissent tous la nécessité d’aller plus loin dans la lutte contre le dopage.

Les scandales d’exploits accomplis par des sportifs dopés sont encore trop nombreux. Ils nuisent, bien entendu, aux personnes qui se dopent – avec des conséquences sur leur santé qui mériteraient d’être davantage prises en compte dans la politique de prévention. Mais, les conséquences vont bien au-delà des seules répercussions pour la personne qui se dope. Le discrédit entâche l’ensemble des sportifs – toutes disciplines confondues. Ces pratiques portent atteintes à l’image du sport et aux valeurs sportives.

D’où l’absence de polémique partisane et le large soutien à ce projet de loi qui illustre la prise de conscience internationale de ce problème et propose que les principes du code mondial antidopage soient respectés par notre législation.

Or, si je partage bien sûr la volonté que la France soit exemplaire dans la lutte contre le dopage, je suis beaucoup plus dubitative sur la méthode : le recours aux ordonnances empêche la représentation nationale d’exercer son mandat comme il se doit. Ce point a été soulevé lors de la réunion de la commission.

Toujours est-il que, sur le fond, nous soutenons complètement la volonté d’agir pour que la pratique du dopage cesse. En milieu sportif, mais pas uniquement. Ce même problème survient dans certaines professions, lorsque le stress est trop important ou lorsque la recherche effrénée de meilleures performances devient une règle absolue qui perd pied avec la réalité. C’est cette course au rendement, à la performance et à l’exploit qui amène le plus souvent à se doper, pour arriver facticement – et temporairement - à dépasser ses propres capacités ou juste à « faire face ». Le phénomène est le même que l’on soit sportif, cadres dans certaines entreprises, artistes ou simple citoyen… devant « faire face » à une pression sociale débordante, … devant « tenir » dans une société qui impose un rythme et une culture de la performance outranciers.

Et loin de moi l’idée d’adopter une politique répressive. Rappelons-le : celles et ceux qui se droguent sont d’abord les victimes de ce système.
L’enjeu est la prévention comme l’indique très clairement le récent rapport du CEC (Comité d’évaluation et de contrôle) relatif à « l’évaluation de la lutte contre l’usage de substance illicite ». Ce rapport souligne aussi combien l’achat de substances illicites par Internet n’est pas encore suffisamment pris en compte alors que cela bouleverse totalement l’accès aux drogues, y compris dans le milieu sportif. L’utilisation d’internet complexifie d’ailleurs la tâche des pouvoirs publics dans la lutte contre ces trafics, notamment avec l’essor de l’achat de drogue via les réseaux clandestins en ligne que sont les « darknets ». Ce rapport du CEC regrette également l’insuffisance de données quantitatives fiables sur les pratiques dopantes, leur ampleur et leurs évolutions, y compris pour le sport amateur qui n’est pas soumis au code du sport. C’est là un point important sur lequel il convient d’insister. Nos collègues sénateurs Jean-François Humbert et Jean-Jacques Lozach indiquent très bien dans leur rapport sur « l’efficacité de la lutte contre le dopage » combien la pratique du dopage est de plus en plus présente parmi les sportifs amateurs. Ce constat est alarmant. C’est là une véritable zone grise.

D’où l’importance de renforcer la prévention dans tous les milieux sportifs - sport professionnel comme amateur - et la nécessité de soutenir toutes les volontés permettant de progresser dans la lutte contre le dopage. D’où – vous l’aurez compris – notre soutien à ce projet de loi. Car ce nouveau code mondial antidopage représente bel et bien un progrès parce qu’il va renforcer l’efficacité des contrôles en développant une nouvelle approche basée sur le partage d’informations et la coopération… Et là - comme d’autres l’ont évoqué ici même - il est indéniable que l’affaire Lance Armstrong nous aura au moins appris qu’on ne peut plus se limiter aux seules preuves scientifiques !

Progrès aussi, parce que ce nouveau code va renforcer les coopérations entre les fédérations et les institutions intervenant dans la lutte contre le dopage. C’est cet état d’esprit coopératif qui permettra d’être le plus efficace pour venir à bout du dopage et des dynamiques mafieuses qui les animent. Il faudrait d’ailleurs aller encore plus loin dans l’harmonisation des contrôles mais aussi de sanctions. Et c’est aussi, bien sûr, un progrès parce que l’augmentation des délais de prescription va faire peser le spectre d’une menace plus grande et contribuer de la sorte à éviter les pratiques dopantes.

Je ne vais pas revenir sur l’ensemble des avancées présentent dans ce code mais je souhaite insister sur 3 points.

D’abord, c’est vraiment par la prévention et par la coopération de tous – les sportifs et leurs équipes, mais aussi les fédérations ou encore les organisations, bref c’est par la coopération de tous les acteurs concernés que l’on arrivera vraiment à lutter efficacement contre le dopage.

Pourquoi ?

Et c’est là le 2ème point que je veux développer : Parce que le dopage est un système qui dépasse l’individu lui-même.
On est en effet face à des systèmes mafieux eux-mêmes animés par des intérêts purement financiers.
Les sommes en jeu sont énormes et dépassent de loin l’exploit individuel.

Les enjeux financiers autour des droits de diffusion télévisuelle et des paris sportifs en témoignent. Et ce ne sont là que deux exemples. Pour illustrer mon propos, permettez-moi de vous donner un chiffre qui parle tout seul : 400 milliards! 400 milliards, c’est l’estimation du chiffre d’affaires mondial des paris sportifs !

Et ça m’amène au dernier point que je souhaite évoquer : l’impérieuse nécessité de revoir le modèle économique et social du sport afin, vraiment, de remettre au premier plan les valeurs véhiculées par le sport que sont le partage, la convivialité, l’émulation et pas la compétition. Sur ce point, j’ai l’impression que nous sommes tous d’accord mais que, dans les faits, ça ne change pas.

Alors, peut-être, serait-il par exemple nécessaire de commencer à s’interroger sur les calendriers des compétitions afin de proposer un rythme prenant en compte non pas les intérêts financiers mais les personnes…

Je vous remercie

 

Pour visionner l'ensemble du débat, cliquer ici.

Equipe de Barbara Pompili

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