Pourquoi la majorité des écolodéputé-e-s vote contre la trajectoire budgétaire

Rappelant que la question européenne est au centre des interrogations des écologistes sur la trajectoire budgétaire proposée par le gouvernement, Barbara Pompili insiste sur la responsabilité française dans cette "Europe qui fait défaut et qui déçoit". "Ce qui est en cause aujourd'hui, ce n'est pas le contenu du plan d'économies, c'est la trajectoire", rappelle la coprésidente du groupe écologiste.

"Monsieur le président, monsieur le premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, ce n’est pas la première fois que notre assemblée est appelée à soutenir un plan du gouvernement transmis à la commission européenne dans le cadre de la mise en cohérence des politiques budgétaires des pays de la zone euro.

Ce n’est pas la première fois qu’on tente de nous faire croire à un choix déterminant qui définirait les contours de la majorité parlementaire : rappelons-nous du TSCG.

Et ce n’est pas la première fois qu’avec mes collègues écologistes, nous nous interrogeons sur la pertinence d’une démarche qui consiste à prendre des engagements dont la réalisation effective est plus qu’hypothétique.

Et comment pourrions-nous ne pas nous interroger ?

Il y a deux ans, ici même, lors du débat sur l’adoption du TSCG, François de Rugy, au nom de notre groupe, décrivait, je cite, « une Europe en équilibre instable sur la ligne de crête qui sépare le désendettement raisonné de l’austérité contre-productive.» Qui pourrait prétendre sincèrement que nous serions sortis de cette dialectique ?

Car c’est bien l’Europe qui fait défaut.

L’Europe fait défaut en n’avançant pas assez sur la question essentielle de la mutualisation et de la garantie des dettes souveraines.

L’Europe fait défaut en continuant d’avancer à pas comptés, pour ne pas dire en piétinant, sur la mise en œuvre d’une taxe sur les transactions financières ou encore de contrôle des activités financières des banques.

L'Europe fait défaut en tardant à impulser, grâce à des investissements à l’échelle du continent, de vraies logiques industrielles. Comment cela serait-il possible, quand nous acceptons la réduction du budget européen à 1% du PIB tandis que nous procédons à des restrictions budgétaires dans nos budgets nationaux ?

Mais cette Europe que nous espérons, cette Europe dont les peuples désespèrent, qui est-ce ?

La commission de Bruxelles ? Certes : elle est en bout de course, et le renouvellement prochain du parlement européen lui donnera d’autres visages et, espérons-le, d’autres priorités.

Le conseil européen ? Certes encore : de ce point de vue, la majorité qu’y possèdent les gouvernements libéraux laisse peu d’espoir d’un réel changement à court terme.

Le Parlement européen ? Aussi – même si ses pouvoirs et son mode de fonctionnement demeurent par trop faibles.

Non, cette Europe dont nous parlons, ce n’est pas seulement les autres : c’est nous, avant tout. Et si l’Europe fait défaut, c’est parce que nous faisons défaut.

Cette Europe qui fait défaut, c’est nous qui la confortons en faisant semblant de croire à ses mécanismes de convergence qui donnent toujours lieu, in fine, à de petits arrangements avec la vérité.

Cette Europe-là, cette Europe qui devient de plus en plus le bouc émissaire de nos propres insuffisances, cessons de l’entretenir par des décisions de circonstance.

Monsieur le premier ministre, tout à l’heure, on a beaucoup parlé du contenu du plan de redressement des comptes publics qui accompagne cet engagement de trajectoire budgétaire. Nous avons noté les aménagements que vous lui avez apportés. Ils sont toujours bons à prendre, même si nous ne pouvons concevoir qu'on nomme "concessions" les mesures que vous avez annoncées pour les petites retraites ou les salariés les plus précaires. Car la solidarité est peut-être une concession pour la technocratie, mais pour les députés de cette majorité, bien au-delà des bancs écologistes, je le sais, la solidarité c'est une conviction.

Nous ne nions pas la situation très difficile de nos finances publiques, la nécessité de résorber le déficit sans augmenter la pression fiscale. Et nous sommes prêts, lors de l’examen des textes qui nous seront soumis d’ici l’automne, à faire preuve et de responsabilité et d’audace pour proposer des mesures concrètes qui répondent à ces défis. En luttant mieux contre la fraude et l’évasion fiscales. En ciblant les allégements de cotisations pour les rendre plus efficaces et en les conditionnant à des pratiques de rémunération du capital et de politique salariale décentes. En engageant la réforme de la fiscalité des ménages annoncée par votre prédécesseur. En rendant la fiscalité écologiquement intelligente. Oui, sur tous ces points, Monsieur le premier ministre, nous sommes prêts à travailler, dans la majorité.

Mais ce n’est pas là-dessus que  nous sommes appelés à voter aujourd’hui.

Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est la trajectoire. Son rythme et ses effets sur notre économie. Sa crédibilité. Et le message que nous envoyons à nos partenaires, comme aux instances européennes.

Ce message, il ne peut plus être celui des engagements pris en échange de perspectives hypothétiques.

Dire que c’est en respectant des engagements comptables de réduction du déficit que nous aurons plus de poids pour imposer nos points de vue sur la politique monétaire ou sur l’indispensable régulation de la finance, nous avons déjà donné !

Voilà pourquoi, Monsieur le Premier ministre, les écologistes ne voteront pas cette trajectoire budgétaire et qu’une majorité des député-e-s de notre groupe émettra un vote contre."

Equipe de Barbara Pompili

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