Réforme de l'Enseignement supérieur et la recherche: des propositions insuffisantes

Réforme de l'Enseignement supérieur et la recherche: des propositions insuffisantes

Barbara Pompili est intervenue en séance publique sur la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche. Lors de son allocution, elle a souligné les insuffisances du projet de loi soumis au Parlement. Le renforcement du lien entre le secondaire et l’enseignement supérieur, la lutte contre les inégalités sociales et territoriales ou encore les dispositifs d’intégration des personnes en situation de handicap sont autant de priorités  trop peu portées par cette réforme.

 

"Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le président de la commission, monsieur le rapporteur, chers collègues, j’ai eu l’occasion d’intervenir lors des débats sur la refondation de l’école pour dire combien l’éducation doit être une priorité.

Notre République a le devoir d’offrir à notre jeunesse les outils lui permettant de relever les défis de demain. Cet engagement concerne en tout premier lieu l’école. De la crèche au lycée en passant par la primaire, la maternelle et le collège, la même qualité d’accueil doit être proposée, quels que soient le territoire concerné ou les conditions de vie de l’enfant ou du jeune. Mais nous ne devons pas nous arrêter là et prétendre que le bac suffit aujourd’hui pour trouver un travail et s’accomplir dans notre société. Non, évidemment, dans la plupart des cas, le bac est une porte d’entrée vers un autre univers, celui de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Offrir à notre jeunesse les outils lui permettant de relever les défis du XXIsiècle, c’est donc aussi s’intéresser de près à l’enseignement supérieur et à la recherche. Investir dans ces secteurs, c’est préparer l’avenir et façonner la société de demain.

Dans le contexte de crise structurelle que nous connaissons, c’est dès aujourd’hui qu’il convient de penser les enjeux et d’anticiper les transformations nécessaires. L’enseignement supérieur doit donner à notre jeunesse la formation nécessaire lui permettant de s’épanouir professionnellement et personnellement dans notre société. Quant à la recherche, il s’agit du lieu par excellence de la production des savoirs. La recherche, c’est créer de nouvelles connaissances et comprendre le monde ; c’est aussi le moteur de l’attractivité de notre pays, de son développement économique et de sa capacité d’innovation technologique, bien sûr, mais aussi de sa transformation écologique, urbaine, sociale et citoyenne.

Les enjeux sont grands et nous attendons donc beaucoup de cette réforme. La LRU et le plan campus ont rapidement montré leurs failles et limites alors même que les conditions de vie des étudiants ont empiré. C’est pourquoi il convient d’agir, pour donner aux générations en train de se former des conditions de vie et de travail meilleures dans les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, pour permettre aux chercheurs d’investir les champs essentiels pour le XXIsiècle, et pour stimuler une création responsable - pour ne pas dire écoresponsable.

La réforme qui nous est proposée ici comporte, certes, quelques avancées. Je laisse à ma collègue Isabelle Attard le soin de les exposer tout à l’heure et d’évoquer plus précisément les différents aspects du texte. Mais nous attendons encore beaucoup plus.

Nos attentes concernent tout d’abord la réussite des étudiants. Je pense par exemple à la nécessité de renforcer les liens entre le secondaire et l’enseignement supérieur, car il semble aujourd’hui plus facile d’accabler une prétendue impréparation des lycéens que de repenser notre système pour atténuer les différences qui existent entre lycées et universités et mieux accompagner les étudiants. Renforcer la pluridisciplinarité, accompagner les élèves face aux évolutions méthodologiques ou encore développer les passerelles sont autant de pistes à renforcer.

Bien sûr, je ne peux évoquer la question de la réussite des étudiants sans revenir sur le combat à mener contre les inégalités sociales. Notre système éducatif est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus inégalitaires parmi les pays membres de l’OCDE. Nous l’avons dit et redit lors des débats sur la refondation de l’école. Il ne serait pas raisonnable de croire qu’il en va autrement en ce qui concerne l’enseignement supérieur et la recherche. Nous sommes, en effet, encore très loin de la démocratisation tant proclamée. De nombreuses pistes existent pour passer d’une massification à une réelle démocratisation, parmi lesquelles le renforcement du taux d’encadrement en premier cycle, la révision du système de sélection mis en place à l’entrée des grandes écoles, ou encore le rapprochement entre les universités et les classes préparatoires aux grandes écoles. D’ailleurs, outre le fait qu’un étudiant en classe préparatoire devrait obligatoirement être inscrit à l’université - nous avons fait un pas en ce sens lors des débats en commission -, nous considérons que les classes préparatoires ne devraient plus dépendre du budget de l’éducation nationale mais de celui de l’enseignement supérieur.

Autre point sur lequel nos attentes sont grandes : la mise en place d’une allocation d’autonomie, promesse de campagne de notre Président de la République, réitérée récemment. On sait que 23 % des jeunes entre dix-huit et vingt-quatre ans vivent sous le seuil de pauvreté. Les conséquences de cette précarité sont graves : renoncement aux soins faute de moyens financiers, problèmes de logement, mais aussi taux d’échec important des étudiants salariés. À quand la mise en place de l’allocation d’autonomie que nous appelons de nos vœux depuis trop longtemps maintenant ?

Cette situation ne doit pas faire oublier celle des 50 000 précaires dans l’enseignement supérieur et la recherche. La précarité des jeunes chercheurs et des personnels mérite elle aussi un volontarisme politique fort. Je salue, à cet égard, le premier pas que constitue la titularisation que vous avez annoncée, madame la ministre, même si le manque de moyens reste criant. Au-delà, nous demandons aussi la mise en place d’un véritable statut du doctorant.

Permettez-moi également quelques mots sur l’égalité territoriale. À l’université de Picardie Jules-Verne, 56 % des étudiants inscrits en première année de licence sont des élèves boursiers. Cette situation engendre un coût important pour l’université, qui n’est, hélas, que partiellement compensé par l’État. Cet exemple n’est pas rare : en conséquence, j’en appelle à votre vigilance, madame la ministre, afin qu’une péréquation territoriale digne de ce nom soit mise en place.

Autre inégalité qui mérite toute notre attention : la place des femmes. Des amendements ont été adoptés en commission : c’est un grand pas, mais il faut continuer. On ne peut, en effet, que regretter qu’à invoquer constamment les évolutions lentes mais positives en matière d’égalité, les générations passent et l’injustice demeure. Seul le volontarisme peut véritablement contrecarrer la multiplicité des résistances à l’égalité hommes-femmes. J’insiste donc sur la nécessité de se doter de comités paritaires de recrutement des enseignants-chercheurs : cela serait un pas de plus en faveur de l’égalité femmes-hommes. Par-delà la gouvernance, il conviendrait également de rattraper notre retard en termes de formation et recherche sur le genre, et d’aller plus loin encore dans le travail entrepris pour dépasser les stéréotypes qui féminisent ou masculinisent certaines formations ou spécialités.

Enfin, vous connaissez mon engagement en faveur d’une société inclusive, où toute personne, quel que soit son handicap, aura sa place. Aussi, je ne peux que regretter l’insuffisance de ce projet de loi à cet égard, car l’objectif de créer une société et une université inclusives mérite d’être clairement affirmé.

Ce sont des enjeux essentiels, dont nous aurons l’occasion de reparler au cours de nos débats."

Equipe de Barbara Pompili

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