Retour sur mon déplacement au Japon

Retour sur mon déplacement au Japon

 La semaine du 7 mai, je me suis rendue au Japon accompagnée par quatre autres députés membres de la commission d'enquête sur la sûreté et sécurité des installations nucléaires.
Nous avons rencontré les différents responsables qui ont eu à gérer la catastrophe de Fukushima en 2011, mais aussi les autorités actuelles, qui nous ont fait part de leurs retours d’expériences suite à cette catastrophe.
Nous avons ensuite visité le site de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.
Je remercie vivement les personnes qui nous ont reçues là-bas et qui nous ont permis d'obtenir de nombreuses informations sur l'événement de 2011 jusqu'à la gestion encore aujourd'hui du site et de ses alentours. Nous avons également recueilli des informations intéressantes sur la manière dont sont aujourd’hui gérées la sûreté et la sécurité des installations nucléaires japonaises, informations qui nous seront utiles pour enrichir le rapport de notre commission d’enquête.

Je suis frappée par plusieurs choses à l'issue de ce voyage :

Premièrement, le sentiment de sécurité totale qu'avaient les Japonais avant 2011, qui n'est pas sans rappeler celui qui existe actuellement en France. Tous nous ont dit qu’ils n’auraient jamais pensé qu’un accident nucléaire pourrait leur arriver. « Et surtout pas chez nous », pays très avancé technologiquement et rigoureux en termes de procédures.

Tous nous ont donné le même conseil : l’impossible peut arriver, vous devez y être prêts.

Deuxièmement, l'état actuel de la zone autour de la centrale, zone interdite avec des maisons, magasins, usines vides à des kilomètres à la ronde. Et des tonnes de sacs de terres irradiées qui sont stockés au bord des routes et dont on ne sait toujours pas quoi faire. Dans la même veine, les millions de litres d’eau contaminée continuent à être stockés sur le site de la centrale sans qu’on sache quoi en faire. Sauf qu’il faut continuer à refroidir les combustibles qui se trouvent encore dans les réacteurs et donc contaminer de l’eau, sous peine d’un nouvel accident. Les Japonais, pourtant aptes à gérer la complexité avec le plus grand sérieux, se trouvent encore dans l'incertitude sur de nombreux aspects. Et une grande partie de la population évacuée refuse de revenir sur les zones à nouveau autorisées.

La catastrophe n’est toujours pas terminée, 7 ans après.

Enfin, l'impasse énergétique dans laquelle se trouve le Japon. Même après la catastrophe et malgré une population japonaise en grande majorité contre le nucléaire, le gouvernement japonais se dit obligé de remettre en fonctionnement des réacteurs. Parce que ce pays, dépourvu d’énergies fossiles, a massivement investi dans le nucléaire pendant des années, mettant tous ses œufs dans le même panier en négligeant les politiques d’économie d’énergie et surtout en négligeant le développement des énergies renouvelables. Quand la catastrophe est arrivée et que tous les réacteurs nucléaires ont été arrêtés, l’État japonais s’est vu contraint d’augmenter considérablement ses importations d’énergies fossiles et a vu le prix de l’électricité augmenter de 30%. Aujourd’hui, pour respecter ses engagements de baisse des émissions de gaz à effet de serre, comme le Japon est en retard sur les renouvelables, il doit donc recourir au nucléaire, malgré l’opposition forte de la population. A nous de ne pas faire les mêmes erreurs et de tirer les enseignements de cette expérience dans notre prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)

La commission d'enquête, qui publiera son rapport le 5 juillet, prendra en compte de nombreuses informations apprises pendant ce voyage.

Equipe de Barbara Pompili

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